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Communiqué : Polémique sur le halal

mercredi 29 février 2012

A l’approche des élections, il est coutume de voir certains candidats en perte de vitesse, manquant de propositions pour l’avenir de la France et incapables de proposer un véritable projet de société, lever l’étendard du danger islamiste. Ainsi, après les multiples affaires du foulard, des minarets, etc., c’est au tour du halal d’être présenté comme la nouvelle menace à la laïcité. Cette affaire soulève deux éléments de réponse : l’un sur les contenus des griefs avancés et l’autre sur le fond du problème.

Des informations fallacieuses …

Plusieurs informations, dont la grande majorité est fausse, ont été communiquées dans les médias. Nombre d’entre elles ont d’ores et déjà fait l’objet de réponses de la part d’institutions diverses ; nous ne nous y attarderons pas. D’autres, par contre, méritent d’être abordées :

Le pourcentage de viandes abattues rituellement en France

Plusieurs chiffres ont été avancés, de 14 à 100%, parfois par la même personne, ce qui est pour le moins surprenant. En réalité, deux problèmes se posent lorsque nous soulevons ces chiffres.

Tout d’abord, certains politiciens, à l’instar de certaines institutions de protection animale, mélangent les chiffres concernant le nombre d’abattoirs, avec ceux concernant le nombre d’animaux de différentes espèces. Or traiter du nombre d’abattoirs pratiquant l’abattage rituel n’a aucun sens, tout simplement car leurs tailles varient et car la proportion d’abattage rituel au sein de chacun diffère encore plus. Seuls les volumes méritent d’être pris en considération.

Ensuite, tous les chiffres avancés à ce jour ne prennent en considération que les espèces bovines et ovines en occultant la volaille. Or il s’agit de l’espèce la plus consommée en halal et qui fait l’objet du plus de fraude, concernant le respect de l’abattage rituel. Ainsi, les chiffres réels basés sur une étude réalisée en 2008 en reprenant notamment les chiffres de différents ministères, nous permet de conclure que seulement 7% de l’abattage national est réalisé sans assommage au préalable. Soit beaucoup moins que le niveau de consommation estimé des consommateurs musulmans.

Les risques sanitaires provoqués par l’abattage rituel

Le risque sanitaire pouvant être provoqué par le reflux gastrique dans le cas de l’abattage rituel est minime est extrêmement rare. De plus, il existe des solutions de prévention qui permettent de quasiment annihiler ce risque. Même dans les cas isolés où cela se produirait, il suffit de parer la viande, c'est-à-dire couper les morceaux supérieurs du cou pour régler le problème. Il est par contre étonnant qu’à aucun moment n’aient été évoqués les risques de contaminations microbiennes, pouvant être très dangereux lors de l’assommage par pistolet à tige perforante. En effet, dans ce cas les microbes présents dans le cerveau peuvent se déverser dans le sang de l’animal, provoquant une contamination beaucoup plus grave, d’autant qu’en pratique tout les animaux qui seront assommés par la suite risquent d’être contaminés, selon le rapport de la FAO.

La souffrance causée aux animaux non étourdis

Des chiffres comme 14 minutes d’agonie ont été avancés pour décrier l’abattage rituel. Ces cas graves et inacceptables sont isolés et extrêmement rares, et généralement dus à la non formation de certains opérateurs. D’ailleurs de nombreuses études scientifiques ont démontré que l’abattage rituel bien réalisé est la méthode la plus sûre et qui fait le moins souffrir les animaux lors de l’abattage. A contrario, il existe énormément de cas d’assommages ratés.

Il faut savoir que l’assommage connait des taux d’échec extrêmement important nécessitant aux opérateurs de s’y reprendre parfois à de nombreuses reprises, provoquant une souffrance répétée et continue de l’animal. Nous possédons d’ailleurs des vidéos prouvant que des animaux ont été assommés plus de douze fois d’affilé, tout en souffrant des coups d’assommage reçus régulièrement.

… qui révèlent un problème plus profond

Chacun des arguments avancés n’est donc en réalité pas fondé, mais ce débat soulève un problème de fond qui prouve une crise sociale bien plus globale que le sujet précité. A l’approche d’élections auxquelles ne participent plus qu’un tiers des français, nos représentants devraient s’interroger sur les véritables attentes de leurs concitoyens. D’ailleurs, sans sortir du sujet, le halal aurait mérité d’être traité sous d’autres angles.

Premièrement, lorsque ces candidats crient à la tromperie du consommateur qui serait lésé en achetant des viandes halal ou casher sans le savoir, il convient de rappeler que les musulmans aussi sont des consommateurs et qu’il est tout aussi préoccupant qu’ils soient lésés. Car si la première affirmation est vraie, la seconde l’est encore plus.

En effet, d’après notre étude de 2008, 69% des viandes vendues sous le label halal, ne le sont pas. La France, pays des droits et libertés, aurait-elle implicitement acté l’idée de citoyen de seconde zone. Le consommateur mérite d’être informé quel que soit son origine, ses croyances, ses opinions, mais à la condition de se souvenir qu’il peut aussi être musulman.

Deuxièmement, les chiffres avancés concernant certains abattoirs pratiquant majoritairement l’abattage rituel sont traités comme un scandale. Cela est bien la preuve d’une méconnaissance totale des sujets par ces politiciens qui aspirent à conduire la nation. Personne ne leur demande d’être des spécialistes de tout, mais a minima lorsqu’ils s’avancent sur un sujet, qu’ils prennent soin de l’étudier avec minutie.

Il faut en effet savoir qu’une grande partie de ces abattoirs étaient souvent à la limite du dépôt de bilan et que le halal est souvent venu comme une bouffée d’oxygène permettant de sauver des milliers d’emplois, sans compter les éleveurs qui, grâce au halal, continuent d’aspirer à un revenu décent.

A l’heure de la mondialisation des marchés, et de la demande croissante de pays émergeants, à majorité musulmane, la France ferait bien de revoir sa copie sous peine de perdre encore davantage de parts de marché sur l’échiquier international. Enfin, nous conclurons par le sujet qui fut à l’initiative de ce débat : le traitement des animaux. En 2009 fut adopté un règlement européen traitant de cette problématique. Un certain nombre d’exigences, comme la formation des opérateurs, ont alors été adoptées. Ce texte devant entrer en vigueur en France en 2013, chaque pays devait publier des décrets d’application.

Comme par magie, ce texte général à un niveau européen s’est transformé en un décret sur l’abattage rituel en France. Au sein de notre société de consommation, le traitement des animaux destinés à l’abattage est un problème majeur. Les animaux sont des êtres vivants, qui finissent par être parfois considérés comme des objets et dont la vie de certains se résume à la souffrance, depuis leur naissance jusqu’à l’abattage.

Affirmer se préoccuper du problème, tout en occultant la plus grande partie de leurs vies (à l’élevage) et en se concentrant sur une proportion minime (7%) de ces animaux est au mieux de la démagogie, au pire la preuve que ceux qui aspirent à nous représenter n’ont en réalité que faire des véritables problèmes de société et des solutions réelles qu’il conviendrait d’étudier. Fethallah OTMANI Porte-parole d’AVS